Petit récit de ce que j'ai pu voir hier soir, sur France 2:
D'abord, le Président de la République a parlé aux journalistes pour s'expliquer d'un remaniement qui les obsède depuis des mois. Ils ont pu l'interroger sur les raisons de l'attente et des choix. Pourquoi untel est sorti et l'autre rentré, où en sont les égos de chacun, des frictions sont elles évitées ou à craindre, l'ouverture est-elle morte, sa popularité l'inquiète-t-elle, sera-t-il candidat, etc... Quel ne fut pas leur soulagement à la lueur de cet éclairage élyséen aussi imprévisible que le dernier métro...
Puis, le Président remercié, les journalistes ont posé les mêmes questions, plusieurs fois mais sous de multiples formes, aux opposants comme aux membres du gouvernement et de la majorité. Ceux-ci n'ont pas loupé l'occasion de briller dans deux épreuves qu'ils maîtrisent tous à la perfection : la langue de bois quand on parle de l'élite politique que l'on représente et qui travaille si dur pour l'intérêt général dans un impeccable esprit de justice et de modernité ; le mépris décomplexé lorsque l'on évoque les ringards imposteurs d'en face qui ne comprennent rien à rien et n'ont pour seul objectif que la liquidation de la France.
Enfin, les journalistes ont pu tranquillement, entre eux, débattre des stratégies de leurs hérauts favoris pour optimiser leurs chances de victoire aux élections présidentielles de 2012. Qui devront-ils rassurer dans leur propre camp, les Xistes ou les Yiens? Quelle image devront-ils renvoyer aux français? Quelle petite phrase leur sera fatale? etc...
Les journalistes continueront ce débat, sous prétexte de remaniement, pendant une bonne semaine. Puis l'agenda élyséen fera défiler un autre sujet sur les prompteurs... et le prétexte changera, le même débat pourra continuer.
La politique a disparu de nos écrans. Malgré quelques émissions qui en portent officiellement l'étiquette, elle s'y est faite bouffée de l'intérieur par ce parasite qui a déjà ravagé nos institutions: l'électoralisme. Toute discussion politique à la télévision française, aujourd'hui, ne tourne plus qu'autour des chances d'élection ou ré-élection de Pierre, Paul ou Jacques et de leurs stratégies respectives en ce sens. Si Sarkozy ne doit pas céder sur l'âge de départ à la retraite, ce n'est pas pour une question de financement, c'est pour montrer qu'il ne cède pas à la pression de la rue. Si Aubry s'y oppose, ce n'est pas pour une question de qualité de vie des salariés après le travail mais pour rassurer l'aile gauche de son parti. Voilà ce qu'on nous expose sur nos petits écrans à longueur d'émissions comme '"A vous de juger".
Et la forme qu'on y met n'est pas anodine. Il faut, dans la confrontation, la radicalisation, la certitude, ne plus parler que de stratégies élaborées, de rivalités fabriquées, d'humiliation et de mort pour les uns, de béatification et de résurrection pour les autres. Surtout que ça balance, que ça saigne, qu'on entretienne les rumeurs et la désinformation, que l'on spécule sur les éventuels coups-bas et autres ralliements en trompe-l'œil. Tant pis, on est pas là pour expliquer et encore moins mesurer des idées mais pour mettre en scène des personnages, pour faire naître et vivre un concept télévisuel qui réalise les meilleures audiences possibles avec la politique pour toile de fond.
C'est de la télé-réalité, au fond. Tout au fond. Cette semaine, Nico a profité de son immunité pour éliminer Jean-Louis et sauver François, en attendant le vote du public dans dix-huit mois pour savoir qui de Nico, Ségo, Marine, François, Jean-Luc, Eva ou Olivier remportera la Prèz Academy 2012.
Ont-ils seulement du talent, ces candidats? Ont-ils quoi que ce soit à proposer d'original et qui tienne la route face à l'ampleur, la complexité et l'urgence des missions qui attendront le vainqueur? Malheureusement aucune émission ne nous le dira, pas plus la quotidienne que le prime. Impossible, même sur le service public. Quand en face il y a les Experts-Miami, du foot, ou un best-of de nos imitateurs favoris, il serait suicidaire de vouloir solliciter l'intelligence des téléspectateurs.
La vérité politique est ailleurs ; démerde toi, citoyen.
EDIT: >Si vous ne croyez pas à la mise en scène...
Aurélien
D'abord, le Président de la République a parlé aux journalistes pour s'expliquer d'un remaniement qui les obsède depuis des mois. Ils ont pu l'interroger sur les raisons de l'attente et des choix. Pourquoi untel est sorti et l'autre rentré, où en sont les égos de chacun, des frictions sont elles évitées ou à craindre, l'ouverture est-elle morte, sa popularité l'inquiète-t-elle, sera-t-il candidat, etc... Quel ne fut pas leur soulagement à la lueur de cet éclairage élyséen aussi imprévisible que le dernier métro...
Puis, le Président remercié, les journalistes ont posé les mêmes questions, plusieurs fois mais sous de multiples formes, aux opposants comme aux membres du gouvernement et de la majorité. Ceux-ci n'ont pas loupé l'occasion de briller dans deux épreuves qu'ils maîtrisent tous à la perfection : la langue de bois quand on parle de l'élite politique que l'on représente et qui travaille si dur pour l'intérêt général dans un impeccable esprit de justice et de modernité ; le mépris décomplexé lorsque l'on évoque les ringards imposteurs d'en face qui ne comprennent rien à rien et n'ont pour seul objectif que la liquidation de la France.
Enfin, les journalistes ont pu tranquillement, entre eux, débattre des stratégies de leurs hérauts favoris pour optimiser leurs chances de victoire aux élections présidentielles de 2012. Qui devront-ils rassurer dans leur propre camp, les Xistes ou les Yiens? Quelle image devront-ils renvoyer aux français? Quelle petite phrase leur sera fatale? etc...
Les journalistes continueront ce débat, sous prétexte de remaniement, pendant une bonne semaine. Puis l'agenda élyséen fera défiler un autre sujet sur les prompteurs... et le prétexte changera, le même débat pourra continuer.
La politique a disparu de nos écrans. Malgré quelques émissions qui en portent officiellement l'étiquette, elle s'y est faite bouffée de l'intérieur par ce parasite qui a déjà ravagé nos institutions: l'électoralisme. Toute discussion politique à la télévision française, aujourd'hui, ne tourne plus qu'autour des chances d'élection ou ré-élection de Pierre, Paul ou Jacques et de leurs stratégies respectives en ce sens. Si Sarkozy ne doit pas céder sur l'âge de départ à la retraite, ce n'est pas pour une question de financement, c'est pour montrer qu'il ne cède pas à la pression de la rue. Si Aubry s'y oppose, ce n'est pas pour une question de qualité de vie des salariés après le travail mais pour rassurer l'aile gauche de son parti. Voilà ce qu'on nous expose sur nos petits écrans à longueur d'émissions comme '"A vous de juger".
Et la forme qu'on y met n'est pas anodine. Il faut, dans la confrontation, la radicalisation, la certitude, ne plus parler que de stratégies élaborées, de rivalités fabriquées, d'humiliation et de mort pour les uns, de béatification et de résurrection pour les autres. Surtout que ça balance, que ça saigne, qu'on entretienne les rumeurs et la désinformation, que l'on spécule sur les éventuels coups-bas et autres ralliements en trompe-l'œil. Tant pis, on est pas là pour expliquer et encore moins mesurer des idées mais pour mettre en scène des personnages, pour faire naître et vivre un concept télévisuel qui réalise les meilleures audiences possibles avec la politique pour toile de fond.
C'est de la télé-réalité, au fond. Tout au fond. Cette semaine, Nico a profité de son immunité pour éliminer Jean-Louis et sauver François, en attendant le vote du public dans dix-huit mois pour savoir qui de Nico, Ségo, Marine, François, Jean-Luc, Eva ou Olivier remportera la Prèz Academy 2012.
Ont-ils seulement du talent, ces candidats? Ont-ils quoi que ce soit à proposer d'original et qui tienne la route face à l'ampleur, la complexité et l'urgence des missions qui attendront le vainqueur? Malheureusement aucune émission ne nous le dira, pas plus la quotidienne que le prime. Impossible, même sur le service public. Quand en face il y a les Experts-Miami, du foot, ou un best-of de nos imitateurs favoris, il serait suicidaire de vouloir solliciter l'intelligence des téléspectateurs.
La vérité politique est ailleurs ; démerde toi, citoyen.
EDIT: >Si vous ne croyez pas à la mise en scène...
Aurélien



1 commentaires:
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